Un bien parfaitement isolé peut pourtant afficher une classe F au DPE. En cause, une seule ligne du diagnostic, l'étiquette GES, que beaucoup d'acquéreurs survolent alors qu'elle pèse sur la classe finale.
Ce que mesure vraiment l'étiquette climat
Sur une annonce immobilière, l'étiquette GES passe souvent pour un doublon de l'étiquette énergie. Elle répond pourtant à une autre question : non pas combien le logement consomme, mais quelle quantité de gaz à effet de serre il rejette.
Des kilos de CO2 rapportés au mètre carré
Trente kilos d'équivalent CO2 par mètre carré et par an : pour une maison de 100 m², cela représente environ 3 tonnes de gaz à effet de serre rejetées chaque année. L'étiquette GES repose sur cette logique et s'exprime en kg CO2eq/m²/an. La notion d'équivalent CO2 compte autant que le chiffre lui-même. Le méthane ou le protoxyde d'azote émis par la combustion sont convertis selon leur pouvoir de réchauffement, afin d'additionner des gaz différents dans une seule valeur. Le total agrège les usages chauffage, eau chaude sanitaire, refroidissement, éclairage et auxiliaires. Depuis la réforme du DPE de juillet 2021, le calcul suit la méthode conventionnelle 3CL-DPE, qui estime les consommations à partir du bâti et des équipements. Les habitudes de l'occupant et ses factures n'entrent pas en ligne de compte. Deux logements identiques obtiennent donc la même note, ce qui fiabilise la comparaison entre biens sans refléter les émissions réellement constatées.
Sept classes, de A à G
Moins de 6 kg CO2eq/m²/an pour décrocher un A, plus de 100 pour tomber en G : en France métropolitaine, l'écart entre les deux extrémités dépasse un facteur seize. Les paliers ne sont pas réguliers. La classe B tient dans 5 kg, quand la classe F s'étire sur 30 kg. En haut de l'échelle, un gain modeste suffit à changer de lettre. En bas, seule une forte baisse des émissions déplace le curseur.
| Classe GES | Émissions (kg CO2eq/m²/an) | Lecture |
|---|---|---|
| A | Moins de 6 | Impact climatique très faible |
| B | 6 à 11 | Très bon niveau |
| C | 11 à 30 | Bon niveau |
| D | 30 à 50 | Niveau moyen |
| E | 50 à 70 | Émissions élevées |
| F | 70 à 100 | Logement fortement émetteur |
| G | Plus de 100 | Logement très fortement émetteur |
Sur l'étiquette, l'échelle va du violet clair pour A au violet foncé pour G. Sous 40 m², les seuils sont ajustés pour corriger un biais qui pénalisait les petites surfaces.
Une fois la lettre climat obtenue, tout se joue dans son face-à-face avec l'étiquette énergie.
La règle du double seuil, ou quand la pire lettre l'emporte
Depuis juillet 2021, la classe affichée d'un DPE ne repose plus sur un seul indicateur. Elle correspond à la moins bonne des deux étiquettes, énergie et climat. Le diagnostic retient donc systématiquement la lettre la plus défavorable, sans moyenne ni compensation entre les deux.
L'étiquette énergie, elle, mesure la consommation en énergie primaire, exprimée en kWh/m²/an. Son échelle s'étend de la classe A, sous 70 kWh/m²/an, à la classe G, au-delà de 420 kWh/m²/an. Prenons un logement classé C sur ce critère, donc relativement sobre. Si ses émissions de gaz à effet de serre le placent en E, c'est bien la lettre E qui apparaîtra sur l'annonce comme dans le diagnostic. La performance énergétique ne rattrape rien.
Pour un acheteur professionnel, le piège est réel. Ce mécanisme pénalise d'abord les logements chauffés au fioul ou au gaz, même lorsque leur consommation reste modérée : les combustibles fossiles émettent davantage de CO2 par kWh, ce qui fait glisser la note climat plus vite que la note énergie. La lettre visible en annonce peut masquer un déclassement dû aux émissions, et non à une mauvaise isolation. Avant toute offre, exigez le diagnostic complet et comparez les deux valeurs. Leur écart oriente le chiffrage des travaux et la négociation du prix.
L'énergie de chauffage, premier facteur du classement
Reste à savoir ce qui fait pencher la lettre climat. À consommation égale, deux logements peuvent afficher plusieurs classes d'écart, selon l'énergie qui alimente leur chaudière.
Des facteurs d'émission très inégaux
Chaque kWh consommé par le logement passe par un multiplicateur avant d'atterrir sur l'étiquette. La méthode DPE attribue en effet à chaque énergie un facteur d'émission, c'est-à-dire la quantité de CO2eq rejetée pour un kWh consommé. À consommation strictement identique, deux maisons peuvent donc obtenir des lettres climat opposées, selon l'énergie qui alimente le chauffage.
Exprimés en kg CO2eq par kWh, les écarts entre énergies dépassent un rapport de un à dix :
- Fioul domestique, environ 0,324 : c'est le facteur le plus pénalisant de la liste, avec près de 40 % d'émissions en plus que le gaz naturel pour le même besoin.
- Propane ou GPL, environ 0,272 : il limite l'impact face au fioul hors réseau, sans pour autant le gommer.
- Gaz naturel, environ 0,227 : sa valeur intermédiaire reste lourde sur une grande surface mal isolée.
- Électricité pour le chauffage, environ 0,079 : le mix français largement décarboné divise l'empreinte par près de trois par rapport au gaz.
- Bois bûche, environ 0,030 : ce facteur, l'un des plus faibles du diagnostic, explique des lettres climat favorables malgré une consommation élevée.
Le paradoxe des logements tout électriques
Un appartement chauffé par convecteurs électriques affiche fréquemment une étiquette GES en A ou B, même avec une isolation moyenne. La raison tient au faible contenu carbone du kWh électrique retenu par la méthode. Côté étiquette énergie, le tableau change : la consommation est convertie en énergie primaire via un coefficient qui gonfle chaque kWh facturé et peut faire glisser le bien vers les classes basses. Résultat : un même logement peut afficher A en climat et une lettre énergie nettement plus dégradée. Ce coefficient de conversion passe de 2,3 à 1,9 au 1er janvier 2026, ce qui améliore mécaniquement l'étiquette énergie des logements électriques, sans effacer l'écart entre les deux lettres pour les biens mal isolés.
Pour un bien tout électrique, l'étiquette énergie fixe donc généralement la classe finale, et non l'étiquette GES. Le schéma s'inverse avec une chaudière fioul récente : consommation correcte, mais lettre climat tirée vers E ou F.
Ce qu'une mauvaise note climat change pour un acquéreur
La loi Climat et Résilience interdit déjà la mise en location des logements classés G, puis bannira les F en 2028 et les E en 2034. Pour les biens notés F ou G, le gel des loyers s'applique aussi : aucune hausse n'est permise à la relocation, au renouvellement ou par indexation. Les obligations du DPE à la vente complètent ce cadre. Elles imposent un diagnostic valable 10 ans, annexé à la promesse comme à l'acte authentique, et un audit énergétique pour toute maison individuelle ou immeuble en monopropriété classé E, F ou G.
Peu importe l'origine du déclassement : une lettre G obtenue par le seul critère GES déclenche exactement les mêmes restrictions qu'un G énergétique.
Affichées sur chaque annonce de vente comme de location, la classe énergie et la classe climat se lisent ensemble avant toute visite. Un acheteur professionnel compare les deux valeurs pour identifier celle qui fixe la lettre finale. Si le GES pénalise le bien, le chiffrage du changement d'énergie devient prioritaire, car il conditionne la sortie des classes interdites à la location. Le calendrier 2028 et 2034 se traduit en décote : un actif exposé au risque locatif se négocie sur la base des travaux nécessaires et des loyers bloqués.
Les leviers pour faire remonter la lettre climat
Heureusement, la lettre climat se travaille, mais changer d'énergie ou réduire les besoins ne pèse pas pareil sur l'étiquette.
Remplacer une chaudière fossile
Changer de générateur reste le levier le plus direct pour gagner plusieurs classes sur l'étiquette climat, car il agit sur le facteur d'émission de l'énergie elle-même. Une pompe à chaleur air/eau installée à la place d'une chaudière fioul transfère la majeure partie des consommations vers l'électricité, dont le facteur d'émission est environ quatre fois plus faible. Le poêle ou la chaudière à granulés de bois suit une autre logique : la biomasse affiche l'un des facteurs d'émission les plus bas retenus par le DPE, ce qui en fait une option pertinente pour les bâtiments difficiles à équiper en PAC. Pour un raccordement à un réseau de chaleur, le diagnostiqueur applique le facteur propre à ce réseau, publié par arrêté, si bien que le gain varie fortement d'une ville à l'autre. L'eau chaude sanitaire entre aussi dans le calcul : un chauffe-eau thermodynamique réduit les émissions de ce poste, souvent négligé dans les arbitrages de travaux.
Réduire les besoins par l'isolation
Isoler agit en amont du système de chauffage : en limitant les déperditions, l'enveloppe réduit le nombre de kWh appelés, et donc le volume multiplié par le facteur d'émission, que le bâtiment brûle du fioul, du gaz ou consomme de l'électricité. Les combles constituent souvent la priorité, car une part importante des pertes d'une maison s'échappe par la toiture. Viennent ensuite les murs, traités par l'intérieur ou par l'extérieur selon les contraintes de façade, d'emprise et de budget. Le remplacement des menuiseries simple vitrage et le traitement des ponts thermiques complètent l'enveloppe. Un point de vigilance accompagne ces travaux : un logement rendu étanche doit disposer d'une ventilation adaptée, VMC simple ou double flux, pour préserver la qualité de l'air et éviter l'humidité. Sur la lettre GES, l'effet reste plus progressif qu'un changement d'énergie, mais l'isolation forme le socle d'une rénovation durable, celui qui rend tout équipement ultérieur plus efficace.
Combinés, changement d'énergie et isolation font baisser émissions et consommation ensemble, condition pour faire durablement remonter la lettre finale du DPE.
Derrière la lettre GES se cache d'abord une énergie de chauffage. Lire les deux étiquettes ensemble, puis identifier ce qui chauffe le bâtiment, évite bien des surprises. Le simulateur de DPE Facile en donne une première estimation.
Questions fréquentes
Que mesure l'étiquette GES du DPE ?
L'étiquette GES, aussi appelée étiquette climat, évalue les émissions de gaz à effet de serre liées aux consommations énergétiques du logement : chauffage, eau chaude, refroidissement. Elle s'exprime en kg CO₂eq/m²/an et classe le bien de A à G.
Comment sont définies les classes A à G de l'étiquette GES ?
Les seuils vont de moins de 6 kg CO₂eq/m²/an pour la classe A à plus de 100 kg pour la classe G. Les classes intermédiaires sont B (6 à 11), C (11 à 30), D (30 à 50), E (50 à 70) et F (70 à 100).
L'étiquette GES influence-t-elle la classe finale du DPE ?
Oui. Depuis la réforme de juillet 2021, la classe finale retient la plus mauvaise des deux étiquettes, énergie ou GES. Un logement chauffé au fioul peut ainsi basculer en F ou G et être soumis à des restrictions de location.
Comment améliorer son étiquette GES ?
Le levier principal reste le mode de chauffage : remplacer une chaudière au fioul ou au gaz par une pompe à chaleur, un raccordement à un réseau de chaleur ou un chauffage au bois. L'isolation réduit aussi les besoins, donc les émissions.